Les Crétins du Valais
Antoine PitteloudPaiement en ligne sécurisé
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Même si le crétinisme et les goitres existent depuis la préhistoire et dans tous les continents, même si l’iconographie médiévale en parle abondamment, et enfin même si les crétins de France étaient au dix-neuvième siècle dix fois plus nombreux qu’en Valais, l’idée est ancrée dans l’esprit des écrivains et des voyageurs que les crétins sont une spécificité valaisanne.
Pourquoi ? Parce que le 22 juillet 1750, un médecin et marquis du nom de Timoléon de Maugiron prononça à Lyon devant ses royaux collègues un discours sur le « crétinisme », affection du corps et de l’âme des populations alpines. Ses propos furent repris intégralement par D’Alembert dans la première Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences et des arts où l’on peut lire au Tome IV de l’édition de 1754 :
« CRETINS. On donne ce nom à une espèce d’hommes qui naissent dans le Valais en assez grande quantité, et surtout à Sion leur capitale. Ils sont sourds, muets, imbéciles, presque insensibles aux coups, et portent des goitres pendants jusqu’à la ceinture ; assez bonnes gens d’ailleurs, ils sont incapables d’idées, et n’ont qu’une sorte d’attrait assez violent pour les plaisirs des sens de toute espèce, et leur imbécillité les empêche d’y voir aucun crime. La simplicité des peuples du Valais leur fait regarder les Crétins comme des anges tutélaires des familles et ceux qui n’en ont pas se croient assez mal par le ciel…
Il n’en fallait pas plus pour qu’on remplace « crétin des Alpes » par « crétins du Valais ». Le mythe est né. En 1790 déjà, le français Meyer écrit : « La plupart des habitants du Valais ont des goitres horribles et les autres sont idiots ». François Robert – pourtant professeur de philosophie - renchérit en osant affirmer: « Ce qu’il y a de pire, c’est qu’il n’y a pas de ligne de séparation entre les crétins et ceux des habitants qui ne le sont pas ».
Jean-Jacques Rousseau, aveuglé par son rêve d’une société en communion avec la nature primitive, avait décrit le Valais comme un locus amoenus, un Eden, un lieu du monde où le temps est resté miraculeusement immobile. Sans prendre systématiquement le contre-pied de l’auteur de la Nouvelle Héloïse, et sans jamais nier la beauté du canton et la noblesse de ses habitants, les voyageurs du dix-huitième et du dix-neuvième siècle n’ont pas manqué de dire et de répéter qu’à cause des crétins, le Valais était aussi un topos horribilis.
Les témoignages rassemblés ici nous donnent à voir le double visage de ce Valais d’autrefois, si pauvre mais néanmoins si attachant.
Antoine Pitteloud, originaire de Crans-Montana en Valais, a fait ses études latin-grec en Suisse et en France. Licencié ès lettres de l’Université de Fribourg, professeur de littérature et d’histoire à la retraite, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Valais, les récits de voyage et l’histoire littéraire.
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