Le prince de Formose de Tirilly de Gagen
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Fabrication française
Un bon auteur, le sieur Stoupe, nous assure que les catholiques comme les protestants se servent du commerce comme d’un moyen pour attirer les peuples païens à la foi véridique et les attacher à la religion chrétienne ; si l’on excepte cependant les opulents Hollandais, qui négligent absolument les intérêts de la religion chrétienne partout où ils ont des comptoirs ou des colonies. En effet, ils estiment que les idolâtres de ces contrées ne doivent pas venir à la connaissance des mystères du christianisme, car ce serait leur livrer aussi les mystères de l’industrie et du profit des peuples chrétiens. Ainsi l’ignorance éternelle des uns paraît profitable au commerce temporel des autres.
Prière d'insérer
En l’année 1700, un jeune homme blond aux yeux clairs éblouit la haute société londonienne en se faisant passer pour le premier autochtone de l’île de Formose à fouler le sol européen. Il invente une langue, un alphabet, des rituels étranges et sacrificiels, offrant à un siècle avide de rationalité le miroir inversé de son exotisme. Cet homme s'appelait George Psalmanazar. Il fut l’un des plus grands faussaires littéraires de l'Histoire.
Mais que reste-t-il d'un menteur lorsque le rideau tombe ?
C’est à ce crépuscule des masques que nous convie Tirilly de Gagen. Découpé en fragments denses et magnétiques — de la boue des chantiers londoniens aux vapeurs thérapeutiques des concerts de Bath —, Le Prince de Formose s'éloigne de la fresque historique pour inventer une musique de chambre intime et métaphysique. Pas à pas, le roman accompagne la déconstruction d'une imposture universelle au profit d'une vérité minuscule et bouleversante. Épaulé par la présence lumineuse de Sarah Rewalling, sa logeuse devenue l'unique ancrage de son réel, le vieil érudit s'allège de ses chimères géographiques. Au soir d’une vie vécue au conditionnel, alors que les spectres de ses fautes passées viennent le hanter dans une taverne d'outre-tombe, Psalmanazar n'aspire plus qu'à l'effacement : poser la plume, accorder la lyre de son corps fatigué et s'ensevelir dans la nudité du vrai.
Tirilly de Gagen signe un grand roman sur la dualité, le remords et la rédemption. Une œuvre vibrante qui nous rappelle que l'identité est une partition complexe, et que la plus belle des fictions est parfois celle qui permet enfin de devenir soi-même.