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Les auteurs s'affranchissent des contraintes

par Véronique Emmanuelli, article paru dans Corse-Matin

Le secteur de l'édition s'est démocratisé. Le changement de format et d'image est entériné, entre autres, par Publishtroom, une plateforme communautaire d'autoédition fondée et présidée par Sabrina Grimaldi, originaire du Niolu. Explications.

À 46 ans, Sabrina Grimaldi, diplômée en Lettres Modernes et en Droit, originaire de Corscia dans le Niolu, a fait le choix de repenser l'édition. Pour y parvenir, elle se montrera innovante et fondera Publishroom, une plateforme communautaire d'auto-édition

Le projet s'inscrit dans le prolongement de quinze années passées à occuper des fonctions de direction du développement des activités internet. Il est issu d'un constat simple : les bonnes volontés littéraires se trouvent souvent entravées par des logiques éditoriales compliquées. "l'auteur va envoyer son manuscrit par La Poste. Dans 99 % des cas, il aura affaire à des éditeurs qui ne lui répondent pas ou qui lui disent que son texte ne corespond pas à leur ligne éditoriale", remarque-t-elle. Très vite, Sabrina estime nécessaire de réagir contre ce mode de fonctionnement. 

Un blog au départ

Il faut sortir du carcan habituel, faire en sorte que l'écriture cesse d'être une activité confidentielle. La réflexion vise à révéler de jeunes talents et au-delà à "démocratiser l'accès à l'édition pour les auteurs d'aujourd'hui."

D'autant que les signes forts d'une belle créativité sont là. À cet égard, Sabrina Grimaldi parie sur l'expérience. "J'avais un blog que j'alimentais de façon régulière. Rapidement, je me suis rendue compte que beaucoup de gens avaient beaucoup de choses à raconter aussi. Dans l'ensemble, les productions associaient diversité et qualité", se souvient-elle. 

L'exercice se déroule toutefois dans un périmètre restreint. On échange, on écrit mais juste "entre blogueurs". 

Et dans le même élan, on crée une situation favorable à l'émergence "d'une plateforme destinée à rassembler l'ensemble des textes." Cette fois, "les gens écrivent. Leurs propos font l'objet de commentaires de la part des lecteurs" Pour Sabrina Grimaldi, l'étape suivante consiste à sélectionner "un certain nombre de textes que j'éditais". Dans le même temps, les concours d'écriture représentent un important levier pour aider au développement. "L'un d'eux portait sur le rock", rappelle-t-elle. Très vite, pourtant, elle voudra s'ouvrir à de nouveaux horizons. selon le jeune femme, il est temps d'exploiter le numérique d'une autre manière. Elle va de l'avant. "Nous avons un peu évolué." Les considératiosn cette fois dépassent la littérature. Elles ramènent "aux grosses plateformes anglo saxonnes, avec de gros moyens. Pour nous, cela devenait de plus en plus difficile d'exister". Sous la pression de la conjoncture, Sabrina Grimaldi conçoit une "structure chargée d'effectuer tout le travail éditorial". On se range du côté de la maison d'édition classique, mais jusqu'à un certain point seulement. 

Pas n'importe quoi

Car c'est un concept bien différent, sans priorité thématique, qui irrigue le dispositif.

"Nous n'avons pas cette problématique de ligne éditoriale. Nous travaillons vraiment sur le texte de l'auteur et nous essayons de faire émerger le livre même s'il n'a rien à voir avec les ouvrages que nous avons publié quinze jours auparavant. Des gens vont opter pour le roman. D'autres privilégieront une approche plus professionnelle et rédigeront des guides en lien avec leur métier par exemple. Les témoignages, les autobiographies sont fréquents", explique la fondatrice de Publishroom. 

En conséquence, "nous disposons d'un catalogue ultra-éclectique". On s'affranchit des standards en vigueur sans pour autant penser que tout est bon à prendre. "Nous ne publions pas n'importe quoi. Le manuscrit est soumis à un comité de lecture."

Lors de cette phase, le focus est mis sur la qualité de l'écriture, sur la cohérence et sur le caractère universel dans une certaine mesure au moins, du propos. Dans le même temps, le contenu de l'ouvrage fait l'objet d'un examen minutieux. "Si toutes les conditions sont remplies, nous acceptons la publication", précise la présidente. S'ensuivra "un travail spécifique pour chaque titre"

Les éditeurs procèdent "en fonction des intentions de l'auteur, du public auquel il s'adresse". Le mode de prise en charge vaudra aussi lors de la distribution. "Nous savons que certains titres vont intéresser surtout des groupes très spécifiques. À titre d'exemple, des étudiants, des enseignants se sentiront plus concernés que le grand public par "Les débuts de l'hispanisme en France", explique-t-elle. 

Quel que soit le thème traité, chaque ouvrage se déclinera en deux versions, numérique et papier. il lui restera ensuite à trouver son public parmi les 73000 nouveautés que les éditeurs traditionnels mettent chaque année sur le marché. 

Dans cette optique, depuis Publishroom, on assure "être très proactifs auprès des libraires et sur les réseaux sociaux."